Yves Heirman (Pro4Green) : « Le professionnel du jardin de demain sera à la fois numérique et conscient du climat »

Pro4Green, en tant qu’organisation faîtière apolitique, est proche à la fois de ses membres et des pouvoirs publics. Son directeur Yves Heirman évoque la vague de digitalisation qui s’annonce et l’évolution du rôle de l’entrepreneur paysagiste.

Le secteur du jardin se trouve à un tournant. Le changement climatique, la durabilité, l’évolution de la réglementation et la digitalisation ont tous un impact majeur sur le travail des entrepreneurs paysagistes. Selon Yves Heirman, directeur de Pro4Green, il est temps que le secteur n’évolue pas seulement, mais prenne aussi des initiatives de manière proactive.

Pro4Green est une association d’intérêt active et apolitique, avec une portée fédérale, un ancrage local et une participation internationale. Elle se concentre spécifiquement sur la niche des entrepreneurs paysagistes professionnels, actifs dans l’aménagement et l’entretien, au sein de la commission paritaire 145.04. « Nous représentons les véritables professionnels : des indépendants aux petites et plus grandes entreprises, ainsi que des écoles proposant des formations spécialisées en horticulture », explique Yves.

Un pont neutre vers les décideurs politiques

Depuis des années, l’organisation joue un rôle dans l’élaboration des politiques, tant au niveau national qu’européen. « Nous avons contribué à la réduction de la TVA sur les plantes et travaillons sur des législations qui ont un impact direct sur notre secteur », explique Yves. « Comme nous ne représentons aucune couleur politique, nous sommes autour de la table avec différents cabinets. Car pour changer les choses, il faut pouvoir dialoguer avec tout le monde. »

Cette présence est essentielle, surtout maintenant que la digitalisation s’installe dans le secteur. « Beaucoup d’entrepreneurs paysagistes pensent encore que cela ne les concerne pas vraiment. Certains ne savent même pas ce qu’est Peppol, mais ils vont vite s’en rendre compte », dit-il. « À partir de janvier 2026, la facturation électronique deviendra obligatoire pour le B2B et le B2G. Ceux qui suivent notre communication seront prêts. Pour les autres, le réveil risque d’être brutal. »

La digitalisation : bien plus que de l’administration

Pourtant, la digitalisation ne se limite pas à une obligation. « Elle ouvre d’énormes opportunités », souligne Yves. Pensez aux capteurs intelligents de sol ou d’humidité. « Aujourd’hui, un entrepreneur paysagiste passe chaque semaine vérifier l’état d’un arbre récemment planté. Grâce aux données, on peut voir si et où c’est nécessaire — et où ce ne l’est pas. Cela permet d’économiser du temps et de l’argent, tout en améliorant la qualité du service. »

Les objectifs écologiques peuvent également être mieux mesurés grâce à la technologie. « Pensez aux scores de biodiversité ou au suivi de la santé des sols. Les décideurs politiques demandent aujourd’hui ‘plus d’écologie’, mais comment la mesurer objectivement ? Il reste encore beaucoup d’opportunités dans ce domaine. »

« Le secteur du jardin n’est pas simplement un secteur vert »

Selon Yves, le secteur est encore trop souvent placé dans une catégorie trop large. « Nous ne sommes pas des agriculteurs ni des horticulteurs. Notre secteur est purement orienté vers les services. Mais à cause de cette classification générale, les entrepreneurs paysagistes sont encore trop souvent confondus avec des emplois peu qualifiés et mal rémunérés. Une image parfois associée au travail saisonnier, mais qui ne correspond absolument pas à la réalité du secteur du jardin. »

Pourtant, l’aménagement et l’entretien des jardins se portent bien. « En quinze ans, notre secteur a doublé en chiffre d’affaires et en emploi. Plus de 40 000 personnes — indépendants et employés — y travaillent aujourd’hui quotidiennement. Et pourtant, les entrepreneurs paysagistes pourraient encore mieux mettre en avant leur valeur ajoutée. »

La force du dialogue

« Un client demande peut-être du revêtement, mais si vous expliquez ce qu’apporte une wadi ou comment une zone sauvage augmente la biodiversité, l’intérêt apparaît souvent », explique Yves. « Le client veut naturellement rester le décideur final, mais s’il est bien informé et que cela reste rentable pour l’entreprise, nous pouvons accomplir beaucoup ensemble. »

La collaboration avec d’autres secteurs se renforce également. « Les promoteurs immobiliers ne se contentent plus d’installer des pelouses : ils travaillent avec des entrepreneurs paysagistes pour des toitures végétalisées ou des solutions climatiques. Cette expertise doit être reconnue à sa juste valeur. Le végétal de qualité n’est pas une évidence — il demande des connaissances solides. »

Green Expo comme moteur

Avec Green Expo 2026 en ligne de mire, Pro4Green prépare déjà sa présence. « Un salon comme celui-ci est plus qu’un simple moment. Il déclenche un mouvement d’information, même chez ceux qui ne viennent pas physiquement. »

Lors de la prochaine édition, l’accent sera mis sur la digitalisation, la rentabilité et une vision réaliste des politiques publiques. « Nous voulons montrer que le professionnel du jardin de demain est bien plus qu’un exécutant. C’est un détenteur de connaissances, un partenaire de l’adaptation climatique et un entrepreneur qui contribue à façonner l’avenir. »

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